mardi 3 juin 2008

La croix de chemin de Beaufremont


J’ai récemment trouvé une nouvelle carte postale, présentant le calvaire de Beaufremont. C’est l’occasion d’évoquer cette croix monumentale, située près de la mairie, à l’angle sud-ouest de la basse-cour du château, au-delà du fossé. Elle a été classée monument historique le 13 août 1906 et fait partie d’un ensemble très riche de croix de chemin situées entre Neufchâteau et Châtenois.

Le monument est composé d’un fût principal de forme octogonale, supportant un décor occupant plus de la moitié de sa hauteur. Ce décor est composé de deux rangs superposés de huit arcatures chacun (une arcature par pan d’octogone), toutes ornées d’un petit pinacle trilobé qui les couronne. Sous chacune de ces arcatures sont présentés des apôtres et d’autres personnages saints.
Le sommet du fût est surmonté d’une crucifixion, avec la Vierge et saint Jean de part et d’autre de la croix. Les bras de la croix sont réunis entre eux par des lobes avec lesquels ils se confondent, et leurs extrémités sont ornées de fleurons. Enfin, au dessus de la crucifixion, dominant le monument, saint Michel, vêtu d’une tunique courte serrée à la ceinture, tient dans sa main droite une épée levée et pose sa main gauche sur la tête de Satan qui est représenté sous la forme d’un être humain. Les figures du Christ en croix, de la Vierge, de saint Jean et de saint Michel se répètent sur l’autre face du calvaire.

Je n’ai pas encore retrouvé d’archives éclairant la construction de ce monument. Seules pour l’instant la tradition locale et la publication datée de l’ouvrage de Charles Fontaine (Recueil d’anciennes croix du diocèse de Saint-Dié, Saint-Dié, 1875) permettent d’esquisser un début d’historique. Si on se réfère à ces sources, le calvaire aurait été érigé par Claude d’Arberg, qui est seigneur de Beaufremont de 1486 à 1518, à la suite d’un vœu fait durant une tempête alors qu’il était en voyage à Rome ; évidemment, je n’ai pour l’instant retrouvé aucune mention de ce voyage à Rome. Néanmoins, une datation de la fin du XVème ou début du XVIème siècle correspond parfaitement à l’étude stylistique.

La question de l’auteur de ce monument reste elle aussi délicate. Certains ont voulu y voir au XIXème siècle le coup de ciseau de Mansuy Gauvain, imagier du duc de Lorraine et auteur de la porterie du Palais Ducal de Nancy. Certes, Mansuy Gauvain était actif à la cour de Lorraine durant la première moitié du XVIème siècle et Claude d’Arberg était en relation avec le duc, mais de la à y voir une œuvre de jeunesse de cet illustre tailleur... Je plaiderais plutôt pour une attribution à un atelier local, ce qui expliquerait la richesse de cette zone en calvaires. Cette hypothèse est corroboré par François Perrot, qui s’est attaché à l’étude de certains de ces calvaires, et qui conclut sur la forte probabilité de l’existence d’un atelier de sculpteurs sur pierre au XVIème siècle dans le Pays de Châtenois, la « petite Bretagne lorraine » (Pays de Châtenois, la ruralité dans la plaine vosgienne, actes des journées d’études vosgiennes 2006, Société d’émulation des Vosges, 2007).

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